Discours 2013

10/12/2013 - Cérémonie d’hommage aux soldats géorgiens Inhumés au cimetière du Nord de Périgueux

 
 
Seul le prononcé fait foi.

Je suis très honoré d’être présent aujourd’hui à vos côtés pour rendre hommage à ces neuf soldats géorgiens fusillés, il y a 70 ans jour pour jour, au champ de tir de la Rampinsolle et inhumés ici au cimetière nord de Périgueux.
Je souhaite remercier toutes celles et ceux qui ont contribué à l’organisation de cette cérémonie consacrée à la mémoire de ces soldats.
Je veux tout particulièrement remercier Monsieur le Président de l’Association des Anciens Combattants et Amis de la Résistance de la Dordogne qui contribue, avec l’ensemble des responsables des associations d’anciens combattants, à préserver le souvenir des hommes qui font l’Histoire de notre pays.
Je veux également saluer la présence de Monsieur le Ministre Conseiller de l’Ambassade de Géorgie en France. Sa venue en Dordogne aujourd’hui démontre l’importance de cette commémoration pour nos deux pays.
Ce moment pour lequel nous sommes tous rassemblés est d’autant plus symbolique que cette commémoration du 70ème anniversaire de cet évènement tragique intervient quelques semaines après que le Président de la République ait lancé les célébrations du Centenaire de la Première guerre mondiale, et qu’elle se tient dans l’année du 70ème anniversaire de la Résistance intérieure.
1943 est une année charnière, celle de la création Conseil national de la Résistance qui a permis l’unification de toutes les composantes de la Résistance intérieure et qui a contribué ainsi à la libération de la France du joug nazi.
Se remémorer cette période sombre de notre Histoire est toujours difficile, mais est nécessaire. Ainsi, cette cérémonie du souvenir permet de rappeler une fois de plus combien elle fut douloureuse et horrible pour les peuples européens déchirés dans la guerre. Cette cérémonie est donc essentielle pour que de telles exactions ne se reproduisent plus.
En 1941, dans sa soif de vaincre rapidement l’Union soviétique, l’Allemagne nazie fait appel aux prisonniers, aux déserteurs de l’Armée rouge, mais aussi aux exilés politiques afin de constituer des bataillons structurés par nationalité et qu’elle oblige à combattre à ses côtés.
Ce sont ainsi près de 30 000 géorgiens qui sont enrôlés de force auprès de la « Wehrmacht ».
En France, notamment dans le Sud Ouest, ils vont participer aux côtés des allemands et des vichystes aux combats contre la Résistance.
Cependant, au vu des atrocités perpétrées en Dordogne et ailleurs, et déçus de constater que leur rêve d’indépendance vis-à-vis de l’Union soviétique pour devenir enfin une nation libre est compromis, certains soldats géorgiens vont décider de déserter leur bataillons et rejoindre la Résistance.
Le 10 décembre 1943, à Périgueux, 9 déserteurs du 799ème bataillon sont repris par les allemands et fusillés, comme un message pour tous ceux qui seraient tentés de déserter.
Le destin tragique de ces hommes rejoint la grande tragédie de l’Histoire, cette tragédie où tout se mêle : les illusions perdues, les atrocités vaines et les combats pour l’honneur et la liberté.
Cet épisode de la Résistance fait partie de l’Histoire de la Dordogne, de cette terre périgordine qui a vu le sang couler dans les combats contre l’occupant et pour la liberté.
La Dordogne, pays de l’Homme, est un des départements où les mouvements de la Résistance ont été les plus actifs. Cette mémoire de la Résistance ne doit pas être oubliée.
Le souvenir des actes de ces résistants, de ceux qui ont dit « non » à l’atrocité de certains au nom de valeurs humanistes, doit être préservé et transmis aux nouvelles générations.
La France dont l’identité s’est forgée au cours des siècles dans la diversité des parcours, des origines et des apports successifs a su vaincre l’ennemi grâce au rassemblement de ces personnes, parfois de nationalités différentes, mais réunis autour des mêmes valeurs  de liberté, d’égalité et de fraternité.
Comme l’a rappelé, le Président de la République, lors du lancement des commémorations du Centenaire de la Première guerre mondiale et du 70ème anniversaire de la Libération de la Seconde guerre mondiale : « Une nation s’honore toujours de savoir à qui elle doit sa liberté et son indépendance ». C’est précisément « le rôle de la mémoire que de transmettre de génération en génération le souvenir des actes glorieux, mais aussi des épreuves douloureuses (…) et des fiertés partagées ».
C’est au sacrifice de ces hommes, français, géorgiens ou venus d’ailleurs, que nous devons aujourd’hui de vivre dans une République solidaire qui assure l’égalité des droits, qui assure la liberté de circuler, de croire et de s’exprimer et qui valorise la fraternité entre les peuples.
Cette fraternité entre les peuples en faveur de la démocratie et des Droits de l’Homme est au cœur de ce qui lie aujourd’hui la France à ses alliés européens, au cœur de ce qui lie la France à la Géorgie.
Mais cette fraternité est aujourd’hui souvent fragilisée. Nous en avons des exemples tous les jours. C’est pourquoi, nous avons le devoir de mobiliser toutes les énergies, toutes les sensibilités pour préserver la paix, la liberté et la fraternité, tout ce pour quoi nos amis géorgiens qui reposent ici ont fait don de leur vie.

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